|
Mongi Jebali
dit Taieb
L'Attaquant de la Défense
Il a été un pionnier et un modèle. C'est
le premier défenseur offensif du football tunisien. Ainsi
peut on définir Taieb Jebali, le joueur qui a forcé
le respect et l'admiration et dont le nom est évocateur
d'une certiane époque du Stade Tunisien et de l'Equipe
de Tunisie. Arrière latéral, aussi efficace à
droite qu'à gauche, il a été sans rival
tant son rayonnement et sa constance étaient évidents.
Et s'il a été promu capitaine de la sélection,
c'était en reconnaissance de ses qualités techniques
et morales qui ont exercé un indiscutable ascendant sur
ses partenaires. Mais à la surprise générale,
autant de distinctions n'ont pas permis à Taieb Jebali
d'etre au rendez vous olympique en 1960 à Rome en raison
d'un malentendu regrettable qui a eu des conséquences
disproportionnées.
Né le 11 juillet 1933 à Tunis, Mongi Jebali,
plus connu sous le prénom de Taieb, a eu une enfance
ordinaire dominée par ses études primaires à
Sidi Rassas et les parties de football tantot à Sidi
Bahri tantot à Gambatta ou Kallaline. Mais la vie active
a précédé l'engagement du jeune joueur
dans le circuit de la compétition sportive. A 13 ans,
le fjeune Taieb qui a obtenu le certificat d'études,
rejoint l'atelier de menuiserie de la famille mais doit concilier
entre son statut d'apprenti et sa vocation de footballeur. Les
compagnons s'appellent Farzit, Mohieddine, Khemais et Béchir
Ghariani, Ben Jerad, Bébé Slama etc. Au milieu
de ce beau monde, Taieb Jebali affirme et se distingue tant
sur le plan technique que de la personnalité. Et si son
idole s'appelle Moncef Klibi, le leader de l'Espérance,
c'est grace à son oncle Tijani Jebali, dirigeant au club,
qui l'amenait au stade chaque samedi. Mais c'est l'influence
de son cousin Amor Ouarda qui a motivé son engagement
au Stade Tunisien dès sa création en 1948. Son
frère ainé, Noureddine, croit, quant à
lui, en ses chances, l'encourage et lui offre meme une bicyclette
pour lui assurer l'autonomie de déplacement au Bardo.
Le jeune footballeur découvre alors un autre monde et
la compagnie de son cousin, lui aussi cadet, le met en confiance.
La progression du Stade Tunisien l'impressionne et le réconforte.
En 1954, il dispute, à vingt et un an, son premier match
senior en Promotion d'Honneur (assimilée à la
deuxième division) face à une équipe à
dominante italienne, l'Aurora. Un large succès (4-1)
montre déjà la voie à Taieb Jebali et ses
camarades dont Noureddine Diwa qui sera également son
compagnon en sélection. L'accession en Naitonale est
vécue comme un grand événement par Jebali
et tout le Bardo. Mais l'arrière gauche ressent une émotion
très particulière quand il rencontre sur le terrain
et en compétition officielle son idole Klibi. C'était
le 9 octobre 1955 et le nul obtenu (1-1) permet à Jebali
de réaliser ses reves d'enfance. Le 10 juin 1956, toute
la Tunisie du football prend conscience du phénomène
stadiste : en finale de la Coupe, l'équipe du Bardo,
qui a terminé 7ème en championnat, fait une démonstration
de football grace à un super Noureddine Diwa et remporte
le trophée aux dépens du CA. Taieb Jebali a été
souverain sur le flanc gauche montrant avec ses montées
offensives qu'il est en avance sur son époque.
Une grande carrière est donc entamée. Les lauriers
se succèdent à une cadence inespérée.
La saison 1956-57 confirme l'ascension du Stade Tunisien qui
remporte son premier titre de champion. C'est avec une ambition
intacte que Taieb Jebali se retrouve au sein de la sélection
et dispute son premier match international le 21 octobre 1957
à Beyrouth face à l'Irak (4-2) . Il est ravi d'évoluer
avec des joueurs comme Ben Nacef, Azaiez et Majeri et aux cotés
de ses compagnons d'enfance ou de jeunesse : Mohieddine, Farzit,
Braiek et Diwa. L'expédition libanaise lui ouvre de nouveaux
horizons et l'amène à s'investir davantage dans
le football. Il sera récompensé par le brassard
de capitaine pour son exemplarité, son talent et son
influence sur les joueurs.
A trente ans, Taieb Jebali décide de quitter l'élite
avec le sentiment du devoir accompli sans, toutefois, quitter
le football. Il s'estime encore compétitif et dépendant
de cette activité ludique. Il entame, alors, l'expérience
d'entraineur-joueur à la Mouloudia de Den Den qui se
prolongera jusqu'à 1967. Taieb Jebali peut naviguer entre
les contraintes de l'entraineur et les plaisirs du joueur.
Défenseur solide et efficace, très bon technicien
et offensif à souhait, taieb Jebali a , donc, laissé
l'image d'un joueur en avance sur son temps. Ses qualités
morales lui ont donné une notoriété largement
méritée, notamment, auprès des joueurs
de sa génération. Son évection de l'Equipe
de Tunisie en 1960 demeure, toutefois, une injustice qui n'a
jamais été réparée. Mais Jebali
n'est pas homme à conserver un quelconque ressentiment
et prèfère évoquer du football les symboles
les plus valeureux. Aussi reconnait il aux dirigeants B. Salem,
Slim, Cherif, Mokhtar, Damergi et Zouiten une grande compétance
et une influence incontestable. De meme évoque t il les
entraineurs R. Turki, Kristic et Draoua avec beaucoup d'égards
et les arbitres Belkhaouas, Bahri, Khemissi et Victor Habib
avec une considération particulière ainsi que
les joueurs B. Nacef, Azaiez, Ben Ezzedine, Ayachi et Feddou.
Quant aux matches qui l'ont marqué à jamais,
ce sont les finales de 1958,1961 et 1962 alors que la première
coupe remportée en 1956 et le doublé de 1962 constituent
ses meilleurs souvenirs.
En équipe de Tunisie, Taieb Jebali a réussi deux
matches d'une grande qualité technique qu'il ne peut
oublier : Tunisie-Malte (0-0) en mars 1959, Tunisie-Maroc (2-0)
en novembre 1959.
Défenseur offensif, Jebali s'entendait à merveille
avec Hadj Ali et Béji. Au ST, il était à
son avantage quand l'échange s'opérait avec Lakhal
et Redsi. Il redoutait, par ailleurs, les Kebaili, Néji
et Majeri dont la vélocité et l'opportunisme le
mettaient à rude contribution.
Aujourd'hui, le retraité de la santé publique
observe discrètement la compétition nationale
et ses nouvelles moeurs et l'Equipe de Tunisie et sa dynamique
accélérée. Dans ses médiations,
il doit sans doute relever la très nette dispartié
entre les aspirations des footballeurs de son époque
et celles des joueurs de cette fin de siècle.
|
|